Le visa nomade digital du Portugal, officiellement le visa D8, permet aux télétravailleurs non européens de s'installer au pays tout en travaillant pour des employeurs ou clients à l'étranger. Revenu 2026, documents, frais, impôts et vie sur place : voici l'essentiel.
Le visa nomade numérique du Portugal (visa D8) est entré en vigueur le 30 octobre 2022, avec la réforme de la loi sur les étrangers (loi n.º 18/2022). Il s'adresse aux personnes non européennes qui exercent une activité pour un employeur ou des clients situés hors du Portugal : salariés en télétravail, freelances, dirigeants d'une société étrangère. Il leur permet de vivre légalement au Portugal tout en conservant leur emploi ou leur clientèle à l'étranger.
C'est la réponse officielle du pays à la vague de nomades numériques attirés par Lisbonne, son climat, son cadre de vie et son écosystème tech. Attention à ne pas le confondre avec le D7 : le D8 vise un revenu d'activité, pas des revenus passifs. Et, comme tous les visas, il ne concerne que les non-Européens.
Dans les textes portugais, on parle de visa pour l'exercice d'une activité professionnelle à distance (« trabalho remoto »). Les métiers concernés ne sont pas listés : développeur, designer, consultant, traducteur ou commercial peuvent tous y prétendre dès lors que le travail se fait en ligne pour des entités étrangères. Aucun diplôme n'est exigé et aucun investissement n'est imposé : c'est le montant et la régularité du revenu, ainsi que la cohérence des contrats, qui décident de l'issue du dossier.
Européens : pas besoin de visa
Si vous êtes français ou d'un autre pays de l'Union européenne, de l'EEE ou de la Suisse, vous n'avez pas besoin du visa nomade : vous pouvez vous installer à Lisbonne et télétravailler librement. Après trois mois, vous régularisez simplement votre présence avec le certificado de registo.
Le D8 s'adresse aux non-Européens (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Brésil, Maghreb, etc.). Les nationalités dispensées de visa de court séjour peuvent déjà travailler à distance depuis Lisbonne pendant 90 jours sur 180 dans l'espace Schengen : le D8 devient nécessaire dès que vous voulez rester plus longtemps.
Les deux formes du D8
Particularité du visa nomade portugais : il existe en deux versions, à choisir selon la durée de votre projet. Les conditions de revenu sont les mêmes, la suite ne l'est pas.
Jusqu'à un an
Le visa de séjour temporaire
Un visto de estada temporária valable jusqu'à un an, avec entrées multiples, sans titre de séjour à demander. Idéal pour tester la vie à Lisbonne ou pour un projet limité dans le temps. Il n'est pas conçu pour déboucher sur un titre de séjour : si vous voulez rester, mieux vaut viser d'emblée la version résidence.
Installation durable
Le visa de résidence
Un visto de residência valable 4 mois, qui débouche sur un titre de séjour de 2 ans, renouvelable pour 3 ans, et à terme sur la résidence permanente ou la nationalité. C'est la seule forme qui permet le regroupement familial et l'accès complet aux services publics.
Comment choisir ? Si vous hésitez encore à vous installer pour de bon, la forme séjour temporaire évite le passage par l'AIMA et ses délais. Si vous partez en couple ou avec des enfants, si vous voulez ouvrir des droits à long terme ou si vous savez déjà que Lisbonne sera votre base, la forme résidence est la seule logique : chaque année passée sous séjour temporaire ne compte pas comme une année de titre de séjour.
Critère
Séjour temporaire
Résidence
Nom portugais
Visto de estada temporária
Visto de residência
Durée
Jusqu'à 1 an, entrées multiples
4 mois, deux entrées, puis titre de séjour
Titre de séjour
Non
Oui : 2 ans, puis 3 ans renouvelables
Idéal pour
Tester Lisbonne une saison ou une année
S'installer, faire venir sa famille, viser la résidence longue
Résidence fiscale
Possible si plus de 183 jours sur place
En pratique oui, dès la première année
Les conditions et le revenu minimum en 2026
par mois en 2026, moyenne des 3 derniers mois
3 680 €
le salaire minimum portugais (920 €)
4 ×
d'épargne couramment demandés (12 SMN)
11 040 €
par adulte à charge, +30 % par enfant
+50 %
Le cœur du dossier, c'est la preuve d'une activité à distance et d'un revenu suffisant. La règle officielle du ministère des Affaires étrangères est un revenu mensuel moyen, sur les trois derniers mois, au moins égal à quatre fois le salaire minimum. Ce dernier étant de 920 € depuis le 1er janvier 2026, le seuil est de 3 680 € par mois (il était de 3 480 € en 2025).
Les consulats demandent en complément une épargne disponible, couramment l'équivalent de douze salaires minimum, soit 11 040 € en 2026 pour une personne seule. Pour la famille, on ajoute en règle générale 50 % par adulte et 30 % par enfant, calculés sur le salaire minimum : environ 460 € et 276 € de revenu mensuel en plus. Un couple avec un enfant doit donc viser au moins 4 416 € par mois.
Un point souvent mal compris : la moyenne ne suffit pas, le revenu doit aussi être régulier. Un freelance qui a facturé 9 000 € en un mois puis rien pendant deux mois atteint la moyenne sur le papier, mais son dossier sera examiné de près. Joignez les contrats en cours qui montrent que les revenus vont continuer.
Ces montants sont datés (2026) et non contractuels : le seuil suit le salaire minimum, revalorisé chaque 1er janvier, et les exigences varient selon le consulat. Vérifiez toujours les critères à jour avant de déposer votre demande.
Les documents du dossier D8
La liste de base est fixée par le ministère des Affaires étrangères, chaque consulat pouvant demander des pièces en plus. Les documents étrangers sont en principe apostillés et traduits en portugais si le consulat l'exige.
01
Preuve du travail à distance
Contrat de travail ou attestation de l'employeur pour un salarié ; contrats de prestation, statuts de société ou factures pour un indépendant.
02
Revenus des 3 derniers mois
Bulletins de salaire, factures et relevés bancaires montrant une moyenne d'au moins 3 680 € par mois en 2026.
03
Résidence fiscale
Un document attestant votre résidence fiscale actuelle (certificat de l'administration fiscale de votre pays).
04
Logement au Portugal
Bail, acte d'achat ou attestation d'hébergement. Pour la forme résidence, un bail d'un an est le plus convaincant.
05
Casier judiciaire
Extrait du pays de résidence (et de nationalité si différent), apostillé ou légalisé selon le pays.
06
Assurance et identité
Assurance couvrant les frais médicaux, passeport valable 3 mois après le retour prévu, formulaire signé et deux photos.
Pour la forme résidence, prévoyez aussi un NIF et un compte bancaire portugais avant le dépôt : ils servent à prouver l'épargne et à signer un bail. Le NIF s'obtient à distance via un représentant fiscal (voir obtenir son NIF). Un salarié a intérêt à demander à son employeur une lettre confirmant noir sur blanc qu'il peut travailler depuis le Portugal : c'est la pièce qui rassure le plus le consulat.
Les démarches étape par étape
La procédure ressemble à celle du visa D7 : un passage au consulat, puis un rendez-vous à l'AIMA pour la forme résidence.
1
Réunir les pièces : NIF, compte portugais, logement, relevés des trois derniers mois, casier apostillé.
2
Remplir le formulaire de visa national en ligne, puis déposer le dossier au consulat du pays où vous résidez légalement (souvent via VFS Global), avec les 110 € de frais.
3
Attendre la décision : prévoyez plusieurs semaines, parfois davantage selon le consulat et la saison.
4
Entrer au Portugal dans la validité du visa (4 mois pour la forme résidence).
5
Pour la forme résidence, se présenter à l'AIMA (l'agence qui a remplacé le SEF) : empreintes, photo, originaux.
6
Recevoir le titre de séjour de 2 ans, puis le renouveler pour 3 ans en prouvant que les conditions sont toujours remplies.
Le renouvellement du titre
À l'approche de l'échéance des 2 ans, la demande de renouvellement se fait auprès de l'AIMA, en ligne dans la plupart des cas. On vous demande de prouver que vous remplissez toujours les conditions : activité à distance et revenus au niveau du seuil de l'année, logement, présence suffisante au Portugal et situation en règle avec les Finanças et la sécurité sociale. Gardez donc vos bulletins, factures et déclarations en ordre dès la première année : un nomade qui n'a jamais déclaré ses revenus au Portugal se met en difficulté au moment de renouveler.
Ce qu'il faut régler avec son employeur
Un salarié d'une entreprise étrangère doit obtenir l'accord écrit de son employeur pour travailler depuis le Portugal, et clarifier deux sujets que les RH connaissent mal : le pays où sont payées les cotisations sociales, et le risque pour l'employeur de créer un établissement au Portugal si vous y signez des contrats en son nom. Les grandes entreprises ont souvent une politique de télétravail à l'étranger limitée dans le temps : vérifiez-la avant de lancer la procédure.
Les règles une fois résident
Le titre peut être retiré en cas d'absence de plus de 6 mois consécutifs, ou de plus de 8 mois au total sur sa durée de validité, sans motif reconnu. Le D8 n'est pas un visa pour « poser une adresse » au Portugal tout en voyageant onze mois par an. La résidence permanente devient possible après 5 ans, la nationalité en règle générale après 10 ans depuis la loi organique n.º 1/2026.
Partir en famille
Conjoint, enfants mineurs et certains enfants majeurs à charge peuvent vous accompagner, avec un dossier et des frais par personne. Depuis la loi n.º 61/2025 (en vigueur le 23 octobre 2025), le regroupement familial demandé depuis le Portugal exige en règle générale deux ans de titre valide, sauf exceptions. Déposez donc toutes les demandes ensemble au consulat si vous le pouvez. Les enfants résidents ont accès à l'école publique gratuite ; écoles internationales et lycée français sont comparés dans notre guide scolarisation à Lisbonne.
Les erreurs qui coûtent un refus
Des clients ou un employeur portugais
Le D8 suppose des entités établies hors du Portugal. Un contrat avec une société portugaise oriente vers un autre visa.
Un historique de revenus trop court
Un changement d'emploi le mois précédent ou une activité freelance toute neuve rend les trois mois de preuve fragiles.
Des pièces qui ne se recoupent pas
Les montants des factures, des bulletins et des relevés doivent correspondre. Un écart non expliqué suffit à bloquer le dossier.
Pas d'accord écrit de l'employeur
Un contrat qui impose de travailler dans les locaux de l'entreprise contredit le télétravail. Faites ajouter une clause ou une lettre.
Un logement de quelques semaines
Une réservation courte ne suffit pas pour la forme résidence. Visez un bail d'un an ou une attestation d'hébergement signée.
Apostilles oubliées
Casier judiciaire et actes d'état civil non apostillés ou non traduits : c'est la cause de retard la plus banale.
Le calendrier type avant le dépôt
4 mois avant
Vérifier vos trois derniers mois de revenus, demander la lettre de l'employeur, commander casier judiciaire et actes d'état civil.
3 mois avant
Obtenir le NIF via un représentant fiscal, ouvrir le compte portugais et y verser l'épargne.
2 mois avant
Signer le bail ou l'attestation d'hébergement, souscrire l'assurance, faire apostiller et traduire.
Le jour J
Déposer au consulat avec originaux et copies, payer les 110 €, garder une copie complète du dossier.
Le casier judiciaire est en général à demander en dernier parmi les actes officiels : sa validité est courte et un extrait trop ancien est refusé. Les délais d'apostille varient fortement d'un pays à l'autre.
Visa nomade (D8) ou visa D7 ?
C'est LA question à trancher avant de se lancer. Tout dépend de la nature de vos revenus. Vous continuez à travailler (salaire, missions) pour des employeurs ou clients hors Portugal ? C'est le D8, avec un seuil de 3 680 € par mois en 2026. Vous vivez de revenus passifs (pension de retraite, loyers, dividendes), sans activité ? C'est le visa D7, au seuil de 920 €. Si vous créez une société au Portugal, regardez plutôt le visa d'entrepreneur (D2). Choisir le bon visa dès le départ évite un refus et de longs allers-retours.
Fiscalité du nomade au Portugal
Vivre plus de 183 jours par an au Portugal, ou y avoir sa résidence habituelle, fait de vous un résident fiscal : vos revenus mondiaux y deviennent en principe imposables, au barème progressif de l'IRS. Le RNH historique est fermé aux nouveaux arrivants ; l'IFICI qui le remplace offre un taux de 20 % sur certains revenus professionnels pendant 10 ans, mais seulement pour des métiers et secteurs qualifiés listés, et à condition de ne pas avoir été résident fiscal portugais les 5 années précédentes.
Un freelance résident doit aussi déclarer un début d'activité aux Finanças et s'affilier à la sécurité sociale. La convention fiscale signée entre le Portugal et votre pays d'origine évite la double imposition, à condition de bien déclarer votre changement de résidence des deux côtés et de garder les preuves de votre installation. Voir notre fiche fiscalité (IFICI).
Vivre à Lisbonne en nomade : budget et quartiers
Le seuil de 3 680 € par mois laisse une marge confortable à Lisbonne, mais le logement reste le premier poste : les loyers du centre ont fortement augmenté ces dernières années. Notre page coût de la vie à Lisbonne détaille les loyers et le budget mensuel par profil.
Les premières semaines se passent en démarches : contrat de fibre (comptez souvent quelques jours pour l'installation), numéro de sécurité sociale (NISS), inscription au centre de santé pour obtenir un numéro d'utilisateur du SNS, abonnement Navegante pour les transports. Beaucoup de nouveaux arrivants commencent par un coworking ou un logement meublé d'un ou deux mois, le temps de visiter les quartiers et de trouver un bail longue durée sans se précipiter. Notre check-list s'installer à Lisbonne reprend tout dans l'ordre.
Côté santé, le titre de séjour donne accès au SNS après inscription au centre de santé, mais une assurance internationale reste exigée pour le dossier et utile pour vos déplacements. Les formules mensuelles pensées pour les nomades, comme SafetyWing, ou une couverture d'expatrié type Chapka Cap Tempo Expat sont comparées dans notre page assurances.
Le visa nomade numérique du Portugal : questions fréquentes
Le Portugal a-t-il un visa nomade numérique ?
Oui, le visa D8, en vigueur depuis le 30 octobre 2022, est destiné aux travailleurs à distance non européens employés ou mandatés par des entreprises et clients situés hors du Portugal. Il existe sous deux formes : un visa de séjour temporaire et un visa de résidence.
Un Français a-t-il besoin du visa nomade portugais ?
Non. En tant que citoyen de l'Union européenne, un Français peut télétravailler depuis Lisbonne sans visa : il s'enregistre après trois mois via le certificado de registo. Le D8 ne concerne que les non-Européens.
Quel revenu faut-il pour le visa nomade portugais en 2026 ?
Un revenu moyen d'au moins 4 fois le salaire minimum sur les trois derniers mois, soit 3 680 € par mois en 2026 (salaire minimum à 920 €). Les consulats demandent aussi une épargne, couramment 12 salaires minimum (11 040 €), majorée pour la famille.
Quelles sont les conditions pour obtenir le visa digital nomade ?
Être ressortissant d'un pays hors UE, EEE et Suisse, majeur, travailler à distance pour un employeur ou des clients établis hors du Portugal, prouver le revenu minimum sur trois mois, avoir un logement, une assurance santé et un casier judiciaire compatible.
Combien coûte le visa D8 ?
Les frais consulaires d'un visa national sont de 110 € par demandeur en 2026. Pour la forme résidence, s'ajoutent les taxes de l'AIMA (barème actualisé chaque 1er mars), les apostilles, les traductions et le représentant fiscal éventuel pour le NIF.
Comment faire une demande de visa pour le Portugal en ligne ?
Le formulaire de visa national se prépare sur le portail des visas du ministère portugais des Affaires étrangères, mais le dépôt reste physique : rendez-vous au consulat ou chez son prestataire (VFS Global dans de nombreux pays), avec les originaux et la prise d'empreintes.
Peut-on travailler pour une entreprise portugaise avec un visa D8 ?
Le D8 repose sur une activité pour des entités établies hors du Portugal. Si votre projet est de travailler pour un employeur portugais, il faut un visa de travail (salarié) ou un visa d'entrepreneur (D2). Faites valider votre situation avant de signer des contrats locaux.
Quelle différence entre le D8 et le D7 ?
Le D8 vise le travail à distance actif (salaire ou missions pour des employeurs et clients hors Portugal), avec un seuil de 3 680 € par mois en 2026. Le D7 vise les revenus passifs (pension, loyers, dividendes), avec un seuil de 920 €.
Quel est le visa le plus facile à obtenir pour le Portugal ?
Tout dépend de vos revenus. Un retraité ou un rentier passera plus facilement par le D7, au seuil bas. Un salarié en télétravail bien payé obtient souvent le D8 sans difficulté s'il a un contrat clair et trois mois de revenus réguliers au-dessus du seuil.
Le visa nomade permet-il d'obtenir la nationalité portugaise ?
La forme résidence ouvre la voie à la résidence permanente après 5 ans. Pour la nationalité, la loi organique n.º 1/2026, en vigueur depuis mai 2026, exige en règle générale 10 ans de résidence légale (7 ans pour l'UE et les pays lusophones).